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LAURENT HATAT

 Voltaire (Nanine), Laurent Binet (HHhH), Aziz Chouaki (Les Oranges), Lessing (Nathan le sage) : Laurent Hatat aime mettre en lumière la violence des mécanismes de domination, à travers des textes classiques ou contemporains. Il a récemment adapté à la scène des textes non-dramatiques comme le roman de Nancy Huston Une Adoration et l’essai Retour à Reims du sociologue et philosophe Didier Eribon. En 2017, il écrit et porte à la scène son premier texte, Ma Science-Fiction, qui joue avec les frontières spatiales et temporelles pour dresser un miroir révélateur des enjeux de notre époque. 

J’ai abordé le théâtre en pente douce, celle du plateau. A dix-huit ans j’ai quitté Reims, ma ville natale pour me rendre à Paris en quête d’une vie de théâtre. Dès les premiers mois, je fais la connaissance d’Olivier Py et Elisabeth Mazev, jeunes acteurs venus de leur région, comme moi. Très vite je me suis enrôlé avec eux dans une barque endiablée. J’ai vécu avec appétit cette bohème créative où la fête côtoyait l’invention permanente. Le texte s’y bâtissait au contact immédiat du jeu et du plateau. Et puis j’ai quitté le groupe après la création de La Femme canon et du Bouquet final. Mais je n’ai jamais oublié cet absolu de liberté dans le théâtre.

 

C’est à cette époque que j’ai assisté à une répétition de Jean Jacques Rousseau dirigée par Jean Jourdheuil. Sur scène Gérard Desarthe habitait le texte d’une façon si surprenante pour moi, en douceur, sans effet. La scénographie consistait en une simple tente qui accidentellement, du fait d’un projecteur, commença à lentement prendre feu. Avec flegme, l’acteur poursuivait son interprétation tout en s’assurant à intervalles réguliers que ce début d’incendie ne prenne pas de proportions alarmantes. Cet incident m’a donné à voir une incarnation concrète de ce que peut être un théâtre au présent, une mise en danger et en résonance du sens. C’est à cet endroit précis où l’intelligence et l’imminence du réel se fondent que je souhaite vivre le théâtre.

 

J’ai dévoré le théâtre de Samuel Beckett, celui d’Heiner Müller. Depuis lors, j’éprouve une forme de fascination pour Fin de partie, ce théâtre gigogne où le sens se faufile à travers la langue comme dans un jeu. Et puis, il y a eu la lecture de La Route des chars, cette folie où Müller porte à incandescence la tragédie de l’histoire allemande. Ces deux dramaturges ont profondément et durablement imprimé leur marque dans mon rapport au théâtre. Et pourtant, je n’ai jamais porté aucun de leurs textes à la scène. C’est un étrange paradoxe que je n’explique pas. Leur apport est présent en moi, il me constitue, peut-être qu’un jour je changerai d’avis.

 

J’ai travaillé avec Sylvain Maurice qui mettait en scène son premier spectacle Foi, amour, espérance d’Ödön von Horváth. J’y ai gagné une amitié durable et la découverte d’un théâtre où la fable donne à entendre la nature humaine en tension avec la morale et le sens de la responsabilité. Parallèlement j’ai repris des études de littérature allemande à la Sorbonne Nouvelle, avant de partir étudier la dramaturgie durant une année à l’Université de Tübingen. Là, j’ai retrouvé les textes d’Ödön von Horváth. Ils me donnaient soif de raconter l’humain, de porter des idées. Sans cesse, je mesurais l’expérience intellectuelle du travail sur la matière textuelle à l’aune de mon expérience scénique. C’est à ce moment-là que je me suis formulé clairement mon désir de devenir celui qui trace le sentier du texte vers le plateau. J’étais prêt pour aborder le théâtre par la face nord, là où le vent souffle avec plus de force.

 

Cette face nord est celle d’un théâtre au présent, dialoguant avec ses contemporains. Je fais mes armes comme assistant au sein de maisons de création, le CDN de Béthune, le Théâtre du Peuple. Grâce à l’unité nomade de formation à la mise en scène, au conservatoire national supérieur de Paris, je travaille sous le regard de mes ainés Jacques Lassalle et Krystian Lupa. Mes premières ascensions de metteur en scène se font dans le massif des œuvres d’auteurs vivants. Je conduis des expéditions en terres étrangères avec des œuvres hongroises, allemandes, irlandaises, australiennes. Et je m’autorise un grand détour par le siècle des Lumières, de Marivaux à Lessing, de Beaumarchais à Voltaire. Aujourd’hui j’éprouve le souhait de travailler une matière différente, plus directe. Depuis HHhH, j’ai entamé un nouveau parcours mû par la recherche d’une théâtralité qui passe par l’adaptation à la scène de textes récents et non-dramatiques. Taillant mes propres sentiers au cœur des forêts textuelles que représentent les romans et documents que je transpose. J’aspire à prêter voix à des pensées qui irriguent le temps. J’y vois un acte artistique émancipateur à travers la capacité qu’a le verbe à ouvrir l’esprit, à constituer le substrat d’une pensée autonome. Je cherche à offrir une œuvre singulière.

 

La question de l’émancipation est centrale pour moi. Parfois terrible marqueur social, la langue contribue à cimenter nombre de situations de domination ou d’exclusion. Pourtant, elle porte en elle une force libératrice que peut et que doit incarner le théâtre. Il ne s’agit pas de conférer à l’art dramatique un pouvoir de remédiation qu’il n’a pas, mais de prendre en considération la possibilité de bien nommer les choses, et ainsi de peut-être soustraire au malheur du monde. Le risque est inhérent à toute aventure artistique sincère. Le simple fait de vouloir formuler sa pensée au monde comprend une part de risque. J’ai aujourd’hui envie de maximiser cette part de risque par le choix de thématiques peu évidentes ou d’axes ardus de subjectivation des textes.

Laurent Hatat